Canicule : le DGPN et la DRH l’ont écrit noir sur blanc — à nous de faire appliquer leurs propres consignes
Après notre courrier au ministre et nos revendications du 3 juillet, la CGT-Intérieur a repris deux textes internes du ministère sur la vigilance canicule pour les passer au crible. Ce ne sont pas des promesses en l’air : ce sont des consignes écrites, signées, datées, que chaque agent peut désormais faire valoir sur son propre poste de travail.
← Revoir nos revendications du 3 juillet
Le 19 juin 2026, le directeur général de la police nationale a diffusé à tous les services un télégramme sur les « mesures de vigilance dans le cadre de la vague de chaleur ». Le service médical de prévention et santé au travail du ministère a, de son côté, publié une fiche détaillée sur les fortes chaleurs et la canicule. Deux documents utiles — à condition qu’ils soient réellement appliqués, et pas seulement diffusés.
Ce que le DGPN reconnaît lui-même devoir organiser
Dans son télégramme du 19 juin (DGPN CAB 2026 D/1014), Louis Laugier demande à l’ensemble des chefs de service de veiller à l’adaptation des horaires et des rotations, à privilégier le télétravail quand la mission le permet, à adapter le sport opérationnel aux circonstances climatiques, et à assurer la disponibilité en eau la plus large possible pour les personnels comme pour le public reçu en commissariat.
Source : Télégramme départ DGPN/EM PN du 19 juin 2026, objet « Mesures de vigilance dans le cadre de la vague de chaleur ».
C’est exactement le type d’engagement écrit que nous réclamons au niveau national : une instruction datée, adressée à tous les services, qui ne se contente pas de vœux pieux. La CGT-Intérieur en prend acte — et en fait un outil. Ce texte est désormais opposable : si les rotations ne sont pas allégées sur votre site, si le télétravail est refusé sans justification opérationnelle, si l’eau n’est pas disponible en garde à vue ou en salle d’attente, ce n’est plus une question d’organisation locale, c’est un manquement à une instruction du DGPN lui-même.
Ce qui manque pour les agents en voie publique
Le télégramme du DGPN s’assure de « la disponibilité en eau la plus large possible pour les personnels et le public reçu dans les commissariats ». C’est nécessaire, mais insuffisant : rien n’est prévu pour les agents en garde statique, patrouille ou service d’ordre, qui restent des heures en extérieur sans point de ravitaillement à proximité. La fiche DRH le confirme de son côté : l’hydratation doit être fractionnée toutes les un quart d’heure, à raison de 50 à 200 ml — une consigne matériellement inapplicable si le point d’eau le plus proche est le commissariat.
La CGT-Intérieur exige :
- l’installation de tonnelles ou protections solaires fixes sur tous les postes exposés en permanence : gardes statiques, postes frontière, accueil extérieur des commissariats, points de contrôle — l’ombre n’est pas un confort, c’est une protection sanitaire de base pour un agent immobile plusieurs heures en plein soleil ;
- des rotations nettement plus courtes sur ces mêmes postes en période de forte chaleur — un agent statique en plein soleil ne doit pas tenir la même durée de faction qu’en conditions normales ; la durée doit être revue à la baisse, pas seulement « intensifiée dans la mesure du possible » comme le formule vaguement la fiche DRH ;
- la mise en place de points de ravitaillement en eau mobiles pour les effectifs en garde statique ou en patrouille, et pas seulement une disponibilité en poste fixe ;
- des temps de repos réguliers à l’ombre ou au frais pour les agents de voie publique, intégrés dans les rotations et non laissés à l’appréciation locale de chaque chef de service ;
- que ces quatre mesures soient chiffrées et opposables — nombre de postes équipés, durée maximale de faction, fréquence des rotations, durée des pauses — et non de simples formulations de principe.
Le gilet pare-balle reste obligatoire — et alors ?
Le télégramme du DGPN le dit clairement : le port du gilet pare-balle reste obligatoire « malgré la chaleur ». C’est un fait, et personne à la CGT-Intérieur ne demande à un agent de partir en intervention sans protection balistique. Le risque qu’il couvre n’a rien à voir avec le thermomètre.
Mais porter un gilet lourd plusieurs heures en plein soleil a un coût physique bien réel, et ni le télégramme ni la fiche DRH ne disent comment le compenser. La fiche recommande d’alléger « les équipements de protection individuelle non indispensables » — le gilet, en service actif, n’entre pas dans cette case. Ce qui doit bouger, ce n’est donc pas l’obligation elle-même, mais ce qui va avec :
- des rotations plus fréquentes sur les postes en gilet lourd exposés au soleil ;
- un suivi médical rapproché pour les agents qui cumulent gilet et chaleur ;
- une hydratation qui reste possible dans les faits, pas seulement sur le papier, pour un agent qui ne peut ni se déséquiper ni quitter son poste.
Rien de tout ça n’est écrit aujourd’hui. C’est ce vide-là qu’il faut combler.
Un seuil pour les bureaux, aucun pour la voie publique
Autrement dit : un agent de bureau bénéficie d’un repère chiffré pour se mettre à l’abri. Un policier en faction sur la voie publique n’en a aucun. C’est précisément ce que nous dénoncions le 3 juillet en demandant la fixation de seuils de température maximum — les repères INRS de 28°C pour les métiers physiques et 30°C pour les métiers sédentaires n’ont toujours pas été repris par le ministère.
Coup de chaleur : ce que dit la fiche réflexe, et pourquoi elle doit être affichée partout
Annexée au télégramme du DGPN, la fiche réflexe rappelle les signes d’alerte (crampes, vertiges, confusion, peau chaude et sèche) et la conduite à tenir : interrompre le travail, alerter le SAMU, rafraîchir la personne en urgence. Un coup de chaleur peut être irréversible et mortel rapidement.
Ce document doit être connu de chaque agent et affiché dans chaque service — pas seulement diffusé par voie hiérarchique descendante. Demandez à votre chef de service si cette fiche a été affichée sur votre site. Si ce n’est pas le cas, c’est un premier point simple et vérifiable à faire remonter.
🌡️ Ce que vous pouvez faire, concrètement, dès maintenant
- Vérifier que la fiche réflexe coup de chaleur est affichée dans votre service ;
- Signaler tout malaise, même bénin, au service médical de prévention — il doit être inscrit au registre de l’infirmerie et peut constituer un accident de service ;
- Faire remonter à la CGT-Intérieur toute situation où les mesures du télégramme DGPN (rotations, télétravail, disponibilité en eau) ne sont pas appliquées sur le terrain ;
- Rappeler que le droit de retrait s’applique aux policiers comme à tout agent — voir notre encadré dans l’article du 3 juillet.
Ces textes internes ne remplacent pas un cadre réglementaire contraignant avec des seuils chiffrés. Ils constituent en revanche une base écrite que nous pouvons désormais opposer, site par site, service par service. Vous voulez consulter le télégramme du DGPN ou la fiche DRH dans leur intégralité ? Contactez votre section CGT-Intérieur.
Une consigne officielle non appliquée reste une consigne non appliquée. Faites-le nous savoir.
