Le salaire dans la police nationale décroche — et pas seulement pour les actifs. Depuis juillet 2023, le point d’indice est figé. Pendant ce temps, le SMIC, lui, est automatiquement réévalué. Conséquence : la grille indiciaire ne récompense plus la qualification ni l’ancienneté — et le phénomène frappe aujourd’hui aussi bien les actifs que les personnels administratifs, techniques et scientifiques de la police.
Salaire dans la police nationale : un ciseau qui se referme depuis vingt ans
Dans la Fonction publique, le traitement se calcule simplement : indice majoré × valeur du point d’indice. Or cette valeur, fixée par décret, n’a aucune indexation automatique sur les prix. Elle est bloquée à 4,92278 € depuis juillet 2023.
Le SMIC, à l’inverse, est protégé par la loi : dès que l’inflation des ménages les plus modestes dépasse 2 %, il est relevé automatiquement. C’est exactement ce qui s’est produit le 1ᵉʳ juin 2026. Résultat : le minimum légal grimpe, la grille reste immobile, et l’écart se creuse.
Inflation cumulée contre revalorisation du point d’indice
Quand l’avancement ne se voit plus sur la fiche de paie
Le minimum de traitement de la Fonction publique (indice majoré 366) vaut 1 801,73 € — déjà sous le SMIC. Pour ne pas payer ses agents sous le minimum légal, l’employeur verse une « indemnité différentielle » qui aligne tout le monde sur le SMIC, sans toucher à l’indice. La grille devient alors un simple alignement administratif.
Concrètement, dans l’échelle C1 (adjoints administratifs et techniques), 10 des 11 échelons passent sous le SMIC au 1ᵉʳ juillet 2026. Soit près de 19 années d’ancienneté sans aucune progression de la part indiciaire.
Échelle C1 au 1ᵉʳ juillet 2026 — chaque échelon face au SMIC
Le phénomène ne s’arrête pas à la catégorie C. Pour la première fois, l’entrée en catégorie B bascule sous le SMIC : un secrétaire administratif débutant (IM 373) touche 1 836,20 €, soit −30,82 € sous le minimum légal. En 2010, ce même échelon était encore 276 € au-dessus du SMIC.
L’entrée de grille rattrapée par le bas (1ᵉʳ juillet 2026)
Actifs et PATS : la même grille, des boucliers très inégaux
Voici le point essentiel pour la police nationale. À indice identique, le traitement indiciaire est strictement le même pour un gardien de la paix et pour un secrétaire administratif PATS. Au 1ᵉʳ échelon, tous deux sont à l’indice majoré 373, soit 1 836,20 € bruts — et tous deux désormais sous le SMIC.
Ce qui les distingue n’est donc pas la grille : c’est le régime indemnitaire. L’actif bénéficie de l’indemnité de sujétion spéciale police (ISSP, 28,5 %) et d’allocations propres au métier, qui amortissent le décrochage. Le PATS, lui, ne dispose que d’un régime indemnitaire plus faible. Le gel frappe les deux ; seul le premier est protégé.
Le problème de fond est donc commun : le dégel du point d’indice profiterait à tous — actifs comme PATS, sur les traitements et sur les pensions. C’est là que se joue la solidarité de l’ensemble des personnels de la police nationale.
La double peine : des pensions PATS sous le SMIC
La pension principale se calcule sur le traitement indiciaire des six derniers mois. Le gel du point dégrade donc directement la retraite. Pour la catégorie C des PATS, l’effet est radical : à 75 % du traitement, le seuil du SMIC n’est franchi qu’à partir de l’indice 508 — soit le sommet de la catégorie B.
Toutes les pensions de catégorie C des PATS sont mécaniquement inférieures au SMIC. Un agent terminant au sommet du grade C3 (IM 478) ne perçoit qu’une pension de 1 764,82 €, soit 102 € sous le SMIC. Côté actifs, le même point gelé s’applique au traitement indiciaire ; mais la pension de police se calcule sur le traitement indiciaire plus l’ISSP, et la bonification du cinquième (jusqu’à cinq annuités) aide à atteindre un meilleur taux. Ce sont ces mécanismes propres aux actifs qui relèvent leur pension ; le PATS n’en a aucun équivalent. Là encore : même gel, amortisseurs inégaux.
À ce double effet s’ajoute désormais un troisième : la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 reporte l’âge de départ et durcit la durée de cotisation. Pour les actifs (catégorie super-active), l’âge minoré glisse de 52 vers 54 ans ; la durée requise pour le taux plein monte jusqu’à 172 trimestres. Le taux de 75 % devient encore plus difficile à atteindre — il faut travailler plus longtemps pour une pension assise sur un indiciaire toujours gelé.
Pension brute au taux maximum (75 %), face au SMIC
Sortir le statut de l’étau du SMIC
Un seul levier agit en même temps sur les traitements en activité et sur les pensions, pour les actifs comme pour les PATS : la valeur du point d’indice.
- 1Revalorisation immédiate de la valeur du point d’indice.
- 2Indexation automatique du point sur l’inflation constatée par l’INSEE.CLÉ
- 3Rattrapage pluriannuel des pertes accumulées depuis 2000.
- 4Augmentation immédiate de 400 € pour toutes et tous.
- 5Refonte des grilles C et B : sortir durablement de la zone SMIC.
- 6Intégration progressive des primes dans le traitement, pour préserver les pensions.
- 7Rétablissement de la GIPA, supprimée en 2024.
- 8Suppression du jour de carence et maintien à 100 % en maladie.