Les démissions dans la police, mises en lumière par une enquête récente du Monde, ne relèvent pas de trajectoires individuelles isolées. Elles révèlent un malaise profond et durable au sein des forces de sécurité intérieure. À l’approche des élections professionnelles de 2026, cette réalité pose une question syndicale centrale.
Une enquête qui donne la parole à ceux qui partent
L’enquête du Monde donne la parole à des policiers et des gendarmes qui ont quitté l’institution après parfois de longues années de service. Les témoignages se recoupent : harcèlement moral, culture du silence, management autoritaire, isolement de celles et ceux qui dénoncent des dysfonctionnements, perte progressive du sens du métier.
« Quand on dénonce un problème dans la police, on devient le problème. »
Cette phrase résume une expérience largement partagée : celle d’une institution qui peine à entendre sa propre critique interne et à protéger celles et ceux qui exercent leur métier avec exigence.
Des départs confirmés par les constats institutionnels
Cette réalité ne repose pas uniquement sur des témoignages. La Cour des comptes observe une augmentation nette des départs dans la police nationale sur la période récente et souligne des difficultés persistantes de fidélisation des personnels.
Un phénomène structurel
Les départs ne concernent pas uniquement les fins de carrière. Ils touchent aussi des agents expérimentés, des cadres intermédiaires et des personnels qualifiés, souvent investis dans leur métier et attachés au service public.
L’isolement comme fait politique
Pour les gendarmes, l’isolement est structurel. Le statut militaire interdit le syndicalisme et limite l’existence de contre-pouvoirs collectifs organisés.
Pour les policiers, la situation est différente. Le droit syndical existe. Les élections professionnelles existent. Des choix collectifs existent.
Pourtant, lorsque le malaise devient trop fort, la réponse reste majoritairement individuelle : partir, se reconvertir, démissionner.
Démissionner n’est pas une faute individuelle
Aucun jugement moral ne peut être porté sur celles et ceux qui quittent l’institution. Les témoignages montrent au contraire des agents profondément attachés à leur métier, à l’État de droit et au service public.
Mais politiquement, ces départs traduisent un échec collectif : l’incapacité à transformer une souffrance largement partagée en rapport de force organisé, capable de faire reculer les dérives managériales et de redonner du sens au travail.
Un constat syndical
Lorsque les contre-pouvoirs s’affaiblissent, le silence s’installe. Lorsque le silence domine, la sortie individuelle devient la seule issue visible. Ce mécanisme n’est ni naturel ni inévitable : il est le produit de choix collectifs.
2026 : un rendez-vous syndical décisif
Les élections professionnelles de fin 2026 ne constituent pas un simple rendez-vous administratif. Elles déterminent la nature du syndicalisme majoritaire, la capacité à défendre réellement les agents, et l’existence — ou non — de contre-pouvoirs internes effectifs.
Ce que révèlent l’enquête du Monde et les constats de la Cour des comptes, c’est que l’évitement durable du conflit collectif a un coût humain, professionnel et démocratique.
Transformer le malaise en rapport de force collectif
Face à la résignation et aux sorties individuelles, une autre voie existe : reconstruire des collectifs, assumer le rapport de force, défendre les agents et le service public de la sécurité.
Les élections professionnelles de 2026 seront un moment de vérité. Elles diront si nous acceptons que la souffrance reste individuelle, ou si nous faisons le choix de transformer le malaise en rapport de force collectif.
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