Capgemini : après le fiasco policier, la CGT demande des comptes à l’État
Après le scandale du logiciel de rédaction des procédures pénales de la police nationale, abandonné après avoir englouti près de 257 millions d’euros d’argent public, la question des relations entre l’État et :contentReference[oaicite:0]{index=0} ne peut plus être traitée comme un simple sujet technique. Cet échec majeur, aux conséquences directes sur les conditions de travail des agents et sur le fonctionnement de la chaîne pénale, révèle une fois de plus les impasses d’une externalisation massive des missions régaliennes.
C’est dans ce contexte que l’Union fédérale des syndicats de l’État (UFSE-CGT) a adressé un courrier officiel au gouvernement pour demander la suspension des contrats liant l’État à Capgemini et l’ouverture d’un examen transparent de l’ensemble des marchés publics passés avec ce groupe.
Un fiasco industriel aux conséquences concrètes pour les agents
Conçu pour moderniser et unifier la rédaction des procédures pénales, le logiciel confié à Capgemini s’est révélé inadapté aux réalités du terrain. Lourdeur de l’outil, ergonomie défaillante, bugs récurrents, perte de temps considérable pour les enquêteurs : pendant des années, les agents ont dû composer avec un système qui compliquait leur travail au lieu de le faciliter.
L’abandon final de ce projet, après plus d’une décennie de développement et des centaines de millions d’euros dépensés, illustre l’échec d’une stratégie qui privilégie les grands prestataires privés au détriment de l’expertise interne de l’État et de l’expression des besoins réels des agents.
Un problème politique, pas seulement technique
Cet épisode ne peut être réduit à une erreur de pilotage ou à un accident industriel. Il interroge un choix politique assumé depuis des années : confier à des groupes privés des outils essentiels au fonctionnement de services publics fondamentaux, sans contrôle démocratique réel et sans exigence suffisante de résultats.
Le courrier de l’UFSE-CGT rappelle que ce fiasco policier s’inscrit dans une relation plus large entre l’État et Capgemini, acteur central de nombreux marchés publics sensibles. Lorsque des échecs aussi lourds sont constatés, lorsque les agents en paient le prix au quotidien, la continuité automatique de ces partenariats devient politiquement indéfendable.
Les exigences portées par l’UFSE-CGT
- Un recensement exhaustif et transparent des contrats liant l’État et Capgemini.
- La suspension conservatoire de tout nouveau marché tant que la lumière n’est pas faite sur les pratiques et les échecs constatés.
- Une réévaluation des projets numériques publics, fondée sur les besoins des agents et le renforcement des compétences internes de l’État.
- L’intégration de critères sociaux, démocratiques et éthiques opposables dans les marchés publics.
À l’heure où les agents de l’État sont sommés de faire toujours plus avec toujours moins, il est urgent de rompre avec une logique qui dilapide l’argent public, affaiblit le service public et déresponsabilise les décideurs. Le cas Capgemini, après le fiasco policier, doit marquer un tournant.
Le numérique de l’État ne peut pas être une rente pour quelques groupes privés. Il doit rester un outil au service de l’intérêt général, des agents et des usagers.
