Le 18 juin, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a annoncé le déploiement de 4.000 policiers et gendarmes dans les gares, les bus, aux frontières et dans l’espace public, pour ce qu’il appelle un renforcement du contrôle des migrants. Ce n’est pas un simple ajustement technique : c’est une politique de dissuasion et d’affichage, fondée sur la peur et le soupçon. C’est une campagne contre les plus fragiles, menée avec les moyens de l’État.
Cette logique sécuritaire s’appuie sur une interprétation extensive et un usage excessif de l’article 78-2 du Code de procédure pénale, qui permet des contrôles d’identité dans les lieux de passage – gares, ports, axes frontaliers – sans qu’aucune infraction préalable ou comportement suspect ne soit nécessaires pour les justifier.
Loin d’un outil de police judiciaire, ce dispositif est devenu le support légal d’un contrôle au faciès massif, comme l’ont documenté le Défenseur des droits et de nombreux chercheurs.
Dans les faits, il cible des personnes en raison de leur apparence, de leur accent, de leur pauvreté. Il ne s’agit plus de garantir l’ordre public, mais de montrer qu’on agit, quitte à discriminer. Le droit, dès lors outil détourné, devient un prétexte.
Pour les agents, cette politique est aussi une impasse. Affectés à des missions répétitives, stigmatisantes et sans impact réel sur la délinquance, les policiers et les gendarmes sont détournés de leurs tâches prioritaires : protéger les victimes, prévenir les violences, enquêter sur les atteintes graves aux personnes ou aux biens. Ils sont exposés à des tensions inutiles, affectés à des contrôles qui sapent le lien avec la population, et éloignés du cœur de leur métier.
Les syndicats CGT, depuis plusieurs mois, dénoncent la multiplication des dispositifs répressifs visant les travailleurs sans papiers, la précarisation organisée des étrangers, la fermeture croissante des droits. La suppression de la circulaire Valls, les obstacles administratifs au séjour par le travail, et les pressions exercées sur les services publics participent d’un même projet : réduire les étrangers à des variables de tri.
Nous refusons cette instrumentalisation de la police.
Nous refusons d’être les exécutants d’une politique de rejet.
Nous refusons de voir nos missions dévoyées à des fins de communication politique.
Nous ne laisserons pas le Ministre de l’Intérieur transformer notre police républicaine en I.C.E. (Immigration and Customs Enforcement) à la Trump !
Ce n’est pas la première fois que notre organisation syndicale se dresse face à ce type de dérive. En 1956 déjà, la CGT-Police s’était opposée à l’envoi de policiers en Algérie, dénonçant l’usage politique de la force publique contre des populations civiles. Elle avait défendu les agents sanctionnés pour avoir refusé d’y participer. Aujourd’hui encore, nous affirmons que la loyauté ne dispense ni de discernement, ni de conscience.
Une police républicaine ne se mesure pas au nombre d’interpellations, mais à sa capacité à faire respecter les droits.
Un État digne de ce nom n’utilise pas ses fonctionnaires pour traquer les plus vulnérables.
Un service public ne peut pas être au service de l’arbitraire.
Nous appelons les agents à ne pas sur interpréter les consignes, à rester fidèles à l’éthique de leur métier, à défendre le sens du service public.
Nous appelons les organisations syndicales, associatives et citoyennes à s’opposer ensemble à cette politique de tri et d’humiliation.
Nous appelons à construire une autre réponse, fondée sur le respect de la Loi et du Droit, la solidarité et la dignité.