Former autrement : deux policiers CGT diplômés en sociologie
Le Diplôme universitaire « Police–Population », créé en 2023-2024 par l’Université de Picardie Jules Verne en partenariat avec l’Académie de police, a permis à une cinquantaine de fonctionnaires de police – tous grades, âges, services et origines professionnelles confondus – de faire un pas de côté dans leur parcours, en s’engageant dans une formation exigeante centrée sur les relations entre police et population.
Un pas de côté salutaire pour repenser les relations police-population
Le Diplôme universitaire « Police–Population », créé en 2023-2024 par l’Université de Picardie Jules Verne en partenariat avec l’Académie de police, a permis à une cinquantaine de fonctionnaires de police – tous grades, âges, services et origines professionnelles confondus – de faire un pas de côté dans leur parcours, en s’engageant dans une formation exigeante centrée sur les relations entre police et population.
Plus de 23 chercheuses et chercheurs sont intervenus au fil des sessions pour partager leurs travaux sur la sociologie de l’institution policière, la déontologie, les rapports sociaux, la perception du métier ou encore les enjeux démocratiques liés à l’usage de la force publique. Une richesse intellectuelle rare, qui a permis de mettre en mots, en contexte et en débat ce que vivent au quotidien celles et ceux qui ont pour mission de garantir la paix publique.
Deux militants CGT dans la première promotion
Deux militants de la CGT Intérieur, membres de son bureau national, figurent parmi les diplômés de cette première promotion :
- Christophe, major de promotion, avec un travail d’auto-socio-analyse sur son propre parcours professionnel,
- Anthony, dont le mémoire a porté sur la police et la culture du service public.
Tous deux ont été admis dans les mêmes conditions que l’ensemble des candidats, sur la base d’un dossier comprenant un CV et une lettre de motivation, examiné par un jury mixte composé d’universitaires et de membres de l’Académie de police. Le fait que deux syndicalistes aient été retenus tient donc du hasard – heureux –, et non d’un quelconque traitement de faveur. Il témoigne surtout de l’intérêt réel que peuvent porter des militants à la formation, à la recherche, et à la compréhension critique du métier.
Une formation que nous saluons
Depuis des années, la CGT Intérieur revendique l’introduction de sciences sociales dans la formation initiale des policiers. Ce diplôme montre qu’une autre approche est possible. Il révèle qu’il existe, au sein même de l’institution, une volonté d’ouvrir la formation à des regards extérieurs, réflexifs, constructifs – et parfois critiques, ce qui est une richesse, non un danger.
Une ouverture porteuse d’avenir
Ce diplôme universitaire ouvre plusieurs perspectives essentielles :
- Renforcer le dialogue social au sein des services, en intégrant des savoirs sociologiques dans le quotidien professionnel,
- Favoriser l’accès des chercheurs au terrain, et celui des policiers à la production de savoir,
- Nourrir les réformes publiques à partir de l’expérience des agents de terrain,
- Mieux comprendre les dynamiques sociales qui traversent la société, pour adapter l’action publique,
- Et, surtout, repenser le lien police-population dans une perspective de confiance, d’égalité et de service public.
La deuxième promotion vient de remettre ses mémoires, la troisième est en cours de sélection, et une quatrième est d’ores et déjà annoncée pour 2026-2027.
Ce diplôme ne nous a pas seulement formés : il nous engage
Pour Christophe comme pour Anthony, ce diplôme ne s’arrête pas à une ligne sur un CV ou à un exercice académique. Il alimente dès à présent nos pratiques syndicales, notre compréhension des transformations du métier, notre capacité à dialoguer avec la base comme avec l’administration.
Nous allons, dans les mois qui viennent, proposer plusieurs pistes concrètes :
- Intégrer davantage les sciences sociales dans nos formations syndicales internes,
- Élaborer des outils de lecture critique du travail policier à partir des apports du DU,
- Poursuivre le dialogue avec des chercheurs, notamment ceux intervenus dans le cadre du diplôme,
- Interpeller l’administration sur la nécessité de généraliser ce type de formation à l’ensemble des élèves gardiens et gradés.
Parce que penser le métier, c’est aussi une manière de reprendre la main sur le sens de ce que nous faisons. Ce que nous avons acquis, nous voulons le partager, le faire vivre et le mettre au service d’un syndicalisme d’émancipation.
Former autrement, dès l’école
Pour la CGT Intérieur, ce type de formation ne devrait pas rester l’exception. Elle devrait être intégrée à la formation initiale, pour que la première affectation ne soit plus un saut dans l’inconnu. Dans un moment où le métier se transforme, où les attentes sociales sont fortes, où les tensions s’exacerbent, il est indispensable de permettre aux agents de mieux comprendre ce qu’ils vivent et ce qu’on attend d’eux.
Faire un pas de côté, c’est refuser de foncer tête baissée. C’est prendre le temps de penser, d’écouter, d’analyser. Ce DU en est une belle démonstration. Il montre que des ponts peuvent être jetés entre l’action et la pensée, entre le terrain et la recherche, entre syndicalisme et service public.